CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES, 

APPRENDRE L’ÉGALITÉ !

Notre experte

Fatima Goual est coordonnatrice au Centre d’Information du Droit des Femmes et des Familles de Seine-Maritime (CIDFF). C’est une association qui appartient à un réseau national dont la finalité est l’égalité hommes/femmes au quotidien. On y accueille de manière individuelle des femmes et des hommes dans le cadre de permanences de droit de la famille et d’accompagnement vers l’emploi. Les membres du CIDFF interviennent également en milieu scolaire auprès des élèves et forment les professionnels à l’égalité dans leurs pratiques (enseignant.e.s, police, intervenant.e.s sociaux.les).

 

Nos reporters

Emeraude entre à l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education, Solène étudie les Lettres Modernes à l’Université de Rouen, Rosemitha est lycéenne à Rouen, Zoé entre en Ecole Préparatoire d’Orthophonie et Margot est étudiante à l’IUT du Havre en Infocom.

On dénonce de plus en plus le « sexisme ordinaire  » et les violences dont sont encore victimes de nombreuses femmes. Que ce soit dans sa maison, au sein de sa famille, au travail ou dans la rue, les violences et le harcèlement sortent peu à peu du silence. Savoir entendre le non, savoir reconnaitre un consentement !

 

Qu’appelle-t-on les violences sexistes ?

Fatima Goual : une violence exercée contre une personne en raison de son sexe. Les violences conjugales sont réellement sexistes : une femme est violentée parce qu’elle est une femme. L’homme se considère au-dessus. Dans les insultes aussi, « salope » ou « pute », on véhicule l’idée que les femmes font mal et qu’elles se font jolies pour un homme et non pour elle-même. On parle de plus en plus de violences sexistes au travail, ainsi que de harcèlement de rue. On considère aussi comme violences sexistes les mariages forcés, les mutilations sexuelles. Dans certaines populations, on met les femmes en quarantaine quand elles ont leurs règles et il y a de nombreuses fausses croyances sur les règles. Encore récemment au Japon, une femme ne pouvait pas être chef sushi car, lorsqu’elle a ses règles, sa capacité à goûter serait déformée.

 

Pourquoi l’image de la femme dans les films et dessins animés est-elle toujours la même ?

F. G. : il n’y a pas UNE femme mais DES femmes. Nous sommes toutes différentes. Ce que nous avons en commun, c’est d’être des femelles. Le genre change dans le temps et dans l’espace :
c’est différent entre ici et ailleurs, et entre maintenant et demain. En fait, on essaie de représenter la femme et donc on commence souvent par des aspects physiques. Son rôle est d’être jolie, de travailler soit en s’occupant de ses enfants, soit d’arrêter son travail quand elle a ses enfants. Elle ne peut pas avoir trop d’activités personnelles. Dans l’imaginaire collectif, le salaire de la femme est un salaire d’appoint. James Bond est un héros, il doit sauver une femme, la protéger, être là pour elle. C’est la même chose dans les dessins animés. La seule différence est qu’ils sont adaptés aux enfants. Nous sommes conditionnés à penser qu’il y a un rôle pour les femmes et un rôle pour les hommes. Dans les émissions de télé-réalités, elles doivent être jolies et absolument avoir un copain, sinon, généralement elles sortent de l’émission. Elles n’existent qu’en tant que séductrices. On a du mal à sortir de cela et on a même tendance à reculer. Dés l’âge de 10 ans, de nombreux enfants ont accès à la pornographie et cela construit un rapport entre les hommes et les femmes complètement biaisé car l’industrie pornographique est dans la consommation des femmes.

 

Avec des mouvements comme « me too » et « balance ton porc », on a l’impression que les langues se délient sur les violences sexistes. Est-ce vraiment le cas ?

F. G. :  ça a le mérite qu’on en parle et c’est très bien car il y a du débat. Un changement de mentalité ne passe pas du jour au lendemain comme une loi. Il perturbe. On est dans une phase de transition et ça peut durer longtemps. Le harcèlement dans les bus, dans la rue, au travail, ce n’est pas normal. C’est une réduction de liberté. Il est urgent que le tabou tombe. Jusqu’à présent, les femmes ne parlaient pas du harcèlement au travail. Généralement, on dit que ce n’est pas méchant, que ce sont des blagues. Mais on n’a pas forcément envie que l’on nous touche, que l’on nous fasse des remarques. Aujourd’hui, quand nous pensons à l’époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote, on se dit que c’est vraiment incroyable. Je pense que l’affaire Weinstein est historique et qu’elle va faire basculer le monde. Dans l’avenir, les gens trouveront peut-être cela aussi incroyable qu’il ait fallu attendre une affaire avec un producteur de cinéma pour que ça bouge. On nous reproche parfois d’intellectualiser les rapports hommes/femmes, mais oui, nous ne sommes pas des animaux donc il faut intellectualiser les actes. Siffler une femme dans la rue ne se fait pas !


Qu’est-ce qu’exactement le consentement ? À quel moment un oui devient un non ?  

F. G. : ce que j’entends dans les collèges c’est que « les filles disent non mais en réalité elles pensent oui ». Je réponds toujours que un NON veut dire NON, et que un OUI peut devenir un NON à tout moment. Même dans une relation sexuelle, avec des préliminaires et quand, tout à coup, on ne veut plus. Dans le cadre des violences conjugales, les  femmes n’ont pas le droit de dire NON car cela signifie des représailles. 

 

Les violences restent taboues. Pourquoi le viol conjugal a-t-il été si tardivement reconnu ou puni ?

F. G. : tout simplement parce que pendant longtemps il y avait la notion de devoir conjugal. On ne parle pas de consentement. Aux yeux de la loi, le viol conjugal existe seulement depuis 1992. Mais dans les mentalités, le devoir conjugal existe encore. Ce qui se passe « à la maison » a longtemps été considéré comme privé. Le viol conjugal concerne une femme sur dix. D’autres tabous tombent en ce moment : les conséquences des violences conjugales sur les enfants, les violences au travail, dans la rue.

 

Pourquoi les femmes n’osent-elles pas en parler ?
Pourquoi ont-elles peur du jugement ?

F. G. : certaines femmes n’ont pas conscience qu’il s’agit de violences conjugales. Il y a les femmes battues mais il y a aussi les femmes dénigrées au quotidien, insultées, victimes de violences économiques.  Ce sont des femmes traumatisées dont l’esprit est colonisé par les auteurs des coups. Elles ne parviennent plus à réfléchir par elles-mêmes. Ils parviennent à leur faire penser que ce sont elles qui ne vont pas bien, que c’est leur faute. Et, il y a celles qui ont peur ! Une femme meurt tous les trois jours sous les coups d’un homme, et cela arrive surtout après la séparation. Il y a aussi l’emprise qui fait qu’elles ne réfléchissent plus par elles-mêmes. Puis, il y a celles qui ont peut pour leurs enfants. Si elles restent et ne disent rien, elles pensent protéger leurs enfants, car même en cas de séparation, certains jugent octroient parfois la garde alternée des enfants aux deux parents, même dans les cas de violences.

 

Quels moyens de prévention et de formation sont mis en place ?

F. G. : c’est une violence pensée par une société. Dés l’enfance on entend que le masculin l’emporte sur le féminin. Cela signifie que s’il y a 99 filles et 1 garçon, les 99 filles s’effacent. Ce n’est pas anodin d’entendre cela. Auparavant, on ne parlait pas de cette manière : les règles de grammaire étaient celles de la proximité ou du nombre. Il faut donc prévenir par l’égalité entre les filles et les garçons depuis le plus jeune âge. Le féminin et le masculin se construit, il n’y a pas de qualité ni de comportement inné. Plus on travaille tôt sur l’égalité, plus on prévient les violences conjugales. La réponse est une éducation non sexiste dés le plus jeune âge et une formation des professionnels pour l’accueil des victimes de violences conjugales. En France, nous sommes bien sur le plan juridique mais c’est compliqué de changer les mentalités. On réduit encore le champ des possibles pour les filles et les garçons dans les métiers, dans les sports, dans les tâches domestiques…

 

Comment faire pour dénoncer le harcèlement sans tomber dans l’excès ?

F. G. : qu’est-ce que l’excès ? C’est une question très personnelle, nous ne sommes pas tous construits de la même manière, nous n’avons pas tous la même histoire, ni le même vécu. Il n’y a pas d’excès, ce n’est jamais exagéré. Si une femme se sent harcelée, elle le dit. Il n’y a que dans les violences sexistes ou sexuelles que l’on dit que l’auteur n’a pas conscience de ce qu’il fait ou que l’on remet en question la femme, sa tenue ou son comportement.

 

Pourquoi les hommes ont-ils l’impression qu’on leur refuse le droit de draguer ?

F. G.: la plupart des hommes savent comment il faut se comporter pour aborder une femme. C’est une minorité qui harcèle dans la rue. S’il y a un sourire, si la personne continue à parler c’est qu’elle est consentante. Si elle détourne le regard, il faut arrêter. Il faut écouter ce que la personne dit et faire attention. Certains hommes ne savent plus comment faire car les rapports changent.

 

Propos recueillis par Emeraude Resse, Solène Villain, Rosemitha Pimont, Zoé Borgnet et Margot Lebunetelle. 

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