globules n°134 L’humour

UN MODE DE COMMUNICATION UNIVERSEL

Reportage à Rouen

Réalisé par Farid Ait Mada et Emma Languin, étudiants auprès de Mathilde Guyant, directrice du festival d’humour Rire en Seine

Rire ensemble et partager un moment. Donner un avis, revendiquer, défendre ou dénoncer. L’humour facilite la communication, aide à passer des messages et peut « sauver » de situations délicates.  Rencontre entre Farid, Emeraude, Emma, nos reporters, et Mathilde Guyant et Loic Bonnet, deux professionnels qui « baignent » dans l’univers du spectacle comique.Deux rencontres…

ÊTRE HUMORISTE UN ENGAGEMENT ET UN PARI SUR SOI

Mathilde Guyant est directrice du festival d’humour Rire en Seine qui prépare sa 8e édition. Les humoristes, les spectacles et les « one man show », font partie de son quotidien professionnel.

Pourquoi avez-vous choisi le domaine de l’humour pour votre festival ?

Mathilde Guyant : le déclic s’est fait au moment ou j’étais professeur de théâtre pour une vingtaine d’élèves amateurs tout prés de Rouen, et tous les ans nous allions ensemble découvrir un spectacle. Une année, j’avais sélectionné un Shakespeare d’Irina Brook au Théâtre des Deux Rives et je me suis rendu-compte que mes élèves avaient peur d’y aller, ne connaissant pas le lieu et le genre, certains m’ont même demandé comment s’habiller… On a tendance à croire que la culture doit être quelque chose de sérieux et qu’elle est réservée à certaines classes sociales. J’ai voulu créer un rendez-vous sous forme de festival afin que tous les publics ne se posent plus de question et viennent sans appréhension voir du théâtre. L’humour était la meilleure porte d’entrée. La première édition du festival proposait six spectacles et a touché deux mille spectateurs. Depuis, l’humour a fait son chemin et a gagné en popularité par le biais de l’émission ONDAR (On Ne Demande qu’À en Rire) de Laurent Ruquier notamment.

Quels sont vos critères pour programmer un spectacle ou un humoriste ? Est-ce en fonction de vos goûts ?

M. G. : j’aimerais dire non, mais c’est impossible de s’effacer totalement quand on programme. Je vois toujours les spectacles que je programme et il m’arrive d’en choisir qui ne me plaisent pas totalement mais pour lesquels je vois un public à qui cela ferait plaisir. Je dois aussi faire avec les municipalités et leurs envies car le festival Rire en Seine est intercommunal. Si rien ne vous fait rire dans tout ce que le festival programme, c’est que vraiment… vous n’avez pas d’humour !  Le festival est très varié, il y a de l’humour noir, du burlesque, de la pantomime, du boulevard, de l’humour musical…

L’humour est-il universel, touche-t-il tout le monde ?

M. G. : je pense qu’il est spécifique à une localité géographique car les mots deviennent vite un barrage. J’adore l’humour anglais (Monthy Python), tout ce qui est absurde (les Chiches Capons). Les influences se mélangent davantage de nos jours via l’accès facile sur le net et les frontières s’ouvrent… L’humour qui peut faire le tour du monde est celui dénué de mots, juste visuel, là, on peut tous s’y retrouver comme dans les spectacles avec Patrice Thibaud. L’humour permet de dire les choses d’une manière moins blessante.

Donne-t-il plus de liberté à la communication ?

M. G. : l’humour permet de défendre des sujets sérieux plus librement. Il peut sociabiliser la discussion mais la société est devenue susceptible par sa fragilité. Dans les années 80, Coluche et Desproges pouvaient dire des choses provocantes et le public prenait le recul nécessaire… Ce qui est dangereux actuellement, ce sont les propos qui ressortent de leur contexte et les mots qui ont pris une importance considérable. Tout nous dépasse et nous échappe très vite …

L’humour a-t-il une dimension politique ?

M. G. : l’humour engagé existe (Stéphane Guillon, Christophe Alêveque, Frédérick Sigrist, Audrey Vernon …). Dans chaque émission de radio, certains chroniqueurs sont là pour tenir le rôle de « bouffon du Roi » afinde pouvoir parler politique et dénoncer certains sujets de société. Nicole Ferroni, artiste brillante, dit vraiment beaucoup de choses qui ne passeraient plus si c’était une journaliste qui le disait.

Les réseaux sociaux sont-ils utiles pour se lancer en tant qu’humoriste ?

M. G. : on confond souvent le métier d’artiste avec le « bout en train » des réunions de famille. Être artiste, c’est s’engager dans un métier, s’exposer devant l’inconnu, créer, recommencer, se remettre en question, c’est un réel engagement, pas un caprice, c’est un pari sur soi-même. Pour mériter des milliers de vues sur le net, il faut apprendre, proposer un montage, une bande son, un propos, une pertinence. Un vrai travail de réalisation ou de scénario. On ne devient pas un Norman ou un Cyprien, sans travailler.

Est-ce qu’il faut se former pour être humoriste ?

M. G. : ça s’apprend. Il y a des écoles et des réseaux de scènes de « one man » (Ecole Le Bout à Paris). A mon époque, quand on était comédien, on mettait plus de dix ans pour trouver le courage de se retrouver seul sur scène. Maintenant, les jeunes commencent par ça et n’ont pas forcément la curiosité d’aller découvrir d’autres facettes du métier de comédien. Le métier change et le « one man » est devenu une carte de visite, un moyen d’exposer, de partager son point de vue, sa culture…

Avez-vous un modèle ou un humoriste qui vous inspire et qui vous a donné envie de faire ce festival ?

M. G. : non, pas particulièrement, je suis plus impressionnée par des parcours de vie que par des spectacles ou des artistes. Les parcours que j’ai découverts par le biais du festival et qui m’ont touché sont, par exemple, celui d’Arnaud Ducret. Je suis contente d’avoir été là à un instant de sa vie artistique. Il sait d’où il vient et il ne l’oublie pas. Le parcours aussi de Vincent Dedienne, par ses rêves,  ses convictions, sa sensibilité. On croise beaucoup de monde dans ces métiers mais on ne rencontre pas souvent. Ces rencontres, en dehors de la scène, me confortent dans le métier que je fais. Croiser des personnes qui osent aller jusqu’au bout de leur rêve est toujours source d’enrichissement, mais cela est jouable dans toutes les professions, je ne me cantonne pas à l’artistique.

Est-il vrai que les humoristes jouent des rôles qui ne correspondent pas à leur personnalité ?

M. G. : Louis de Funès en est le meilleur exemple, le personnage public était très différent du personnage privé. Nous croisons plus des personnalités fortes dans l’humour que de comédiens. Ils se forment pour la plupart dans une école de « one » et non dans une école de théâtre. Beaucoup partent de ce qu’ils sont et non d’un travail de créations de personnage à partir de ce qu’ils sont.

Propos recueillis par Farid Ait Mada et Emma Languin,étudiants

Compagnie des Zoaques
Festival RIRE EN SEINE

48, rue Crevier – 76000 ROUEN

Tél : 09 52 02 40 76 – contact@zoaques.com

http://rirenseine.fr

Prochaine édition du festival RIRE EN SEINE du 29 septembre au 21 octobre 2017

Nos autres reportages sont à découvrir dans le prochain numéro de Globules !