globules n°134 l’humour

Un mode de communication universel

deuxième reportage à lire et découvrir dans notre numéro L’HUMOUR…

L’HUMOUR PERMET DE DIRE BEAUCOUP…

Réalisé par Farid Aït Mada et Emeraude Resse, étudiants auprès de Loic Bonnet est co-directeur du Théâtre àl’Ouest

Loic Bonnet est co-directeur du Théâtre à l’Ouest qui a tout récemment ouvert ses portes (23 février 2017) à Rouen. Totalement consacrée à l’humour, cette nouvelle salle de spectacle invite le public normand a découvrir ou re-découvrir des artistes aussi variés que talentueux…

Pourquoi avez-vous choisi le domaine de l’humour pour votre salle de spectacle ?

Loic Bonnet :  j’aime rire, j’ai des amis qui travaillent dans cet univers et mon associé, Bruno Roblès, travaille à la radio Rire et Chansons. J’avais envie de créer un lieu de vie. Comme il y a déjà beaucoup de bars, je voulais proposer quelque chose de différent. J’ai donc choisi un théâtre. Rouen est une très grande ville mais il n’y avait pas de lieux dédiés à l’humour. Certains humoristes ne venaient pas à Rouen car il n’y avait pas de salle de jauge moyenne. Ici, nous avons 177 places. Les artistes qui y passent sont les mêmes que ceux programmés à Paris et qui tournent en France. On accueille tous les public et on programme des spectacles « jeune public ». Nous avons voulu garder le nom Ouest pour rendre hommage à la salle qui existait depuis 20 ans. De plus, ça colle bien avec l’humour.

Quelle est votre définition de l’humour ? À quoi sert-il ?

L. B. : c’est à la fois simple et compliqué car il y a plein d’humour de nos jours : de l’humour populaire, de l’humour noir, très noir, de la magie… Ici, c’est un lieu pour tous les humours. On peut y voir des stand-upper, des gens engagés politiquement, du rire potache…. Pour moi, l’humour c’est ce qui fait rire mais on ne rigole pas tous des mêmes choses !

L’humour est-il universel, touche-t-il tout le monde ? Est-il lié à une culture ?

L. B. : j’espère que tout le monde rigole ! Ce qui est sûr c’est que les humoristes existent depuis longtemps et ils sont de plus en plus nombreux. Mais il y a différentes sortes d’humour qui ne nous touchent pas tous de la même manière. Est-ce qu’en Afrique on rigole des mêmes choses que nous ? Je pense en effet que l’humour est lié à un pays, à une culture, une origine ethnique, qu’on peut rire de tout mais il faut parfois faire attention.

L’humour permet de dire les choses d’une manière moins blessante. Donne-t-il plus de liberté à la communication ?

L. B. : si c’est bien écrit, il permet de dire beaucoup de choses. On peut aussi mélanger les genres. À travers l’humour, on fait passer des messages, on peut faire évoluer les mentalités. On a une responsabilité publique quand on est humoriste, acteur, chanteur… De mon côté, je suis responsable des humoristes qui viennent dans ma salle. C’est important que les textes soient bien écrits et bien amenés. Tu peux tout dire avec l’humour mais, maintenant, les associations peuvent réagir quand tu abordes certains sujets. Il faut trouver la manière de dire les choses.

Avez-vous un modèle ou un humoriste qui vous inspire et qui vous a donné envie de faire ce choix ?

L. B. : je n’ai pas de modèle précis. J’aime aussi bien l’humour de Jean-Marie Bigard que celui de Pierre-Emmanuel Barré. Il y a toujours celui de Coluche, de Raymond Devos. J’ai également de très bons souvenirs de Pierre Palmade.

Quels sont vos critères pour programmer un spectacle ou un humoriste ? Est-ce en fonction de vos goûts ?

L. B. : il est certain que les personnes que j’aime vont être programmées en priorité mais je ne me limite pas à mes goûts ni à mon âge. Je programme aussi des spectacles que je n’aime pas forcément mais qui plaisent à beaucoup de gens. J’essaie toujours de voir les spectacles ou au moins un extrait. Cette salle existe pour trois raisons. Elle permet de découvrir des jeunes qui démarrent ou des humoristes qui tournent déjà mais sans être très connus. On peut aussi y voir des personnes qui tournent déjà très bien en France mais sans remplir de grandes salles et des grands noms, comme Franck Dubosc, pourront venir tester ou rôder leurs spectacles. Dans la salle, le public est très proche de la scène. C’est une petite jauge, c’est donc plus compliqué de faire rire. J’aimerais que les gens viennent ici pour découvrir des humoristes mais aussi parce qu’ils ont envie de sortir et qu’ils savent qu’ils peuvent venir ici, sans forcément connaître l’humoriste programmé ce soir-là.

Est-il vrai que les humoristes jouent des rôles qui ne correspondent pas à leur personnalité ?

L. B. : certains humoristes écrivent des sketches proches de leur quotidien, de ce qu’ils ont vu, entendu. Certains sont très timides, c’est vrai, mais il ne faut pas faire une généralité. Il arrive que quelqu’un se transcende sur scène. Didier Benureau par exemple est très réservé. C’est comme s’il y avait deux personnes très différentes entre celui qu’il est sur scène et celui qu’il est en dehors. Derrière l’humoriste, il y a une personne comme toi et moi.

Pensez-vous que l’humour est une forme de thérapie ?

L. B. : oui. Je suis ému tous les soirs quand j’entends les gens rire. C’est une manière de s’évader, d’oublier ses soucis, les mauvaises nouvelles de la journée. Quand un humoriste t’emmène dans son univers, que tu parviens juste à rire et à ne plus penser à rien d’autre, c’est vraiment super.

Propos recueillis par Farid Aït Mada et Emeraude Resse, étudiants.

Théâtre à l’Ouest

1 rue de Buffon 76000 Rouen, Tel : 06 51 87 30 33

www.theatrealouest.fr