GLOBULES N°132 L’école

  • L’école des bagages pour une vie future

Reportage à Val de Reuil

Réalisé par Claire Angot, Manon Touze, Roselyne Morel, Morgane Denys,Faouzi El Ajjaji,Kevin Gueye, Sara Santos Da Silva auprès de  Stéphanie Rousselin, enseignante à l’école élémentaire Louise Michel de Val de Reuil

Aller à l’école, à quoi  ça sert ? Y apprend-on « seulement » à lire, écrire et cmpter? L’important est-il de suivre les programmes scolaires, de réussir ses examens ou est-ce une obligation que nous impose la société ? Nous  rappelons-nous qu’aller à l’école est une chance, que dans certains pays  les enfants, surtout les filles, remuent ciel et terre pour pouvoir  y aller? Les jeunes reporters de l’Espace Condorcet de Gaillon ont posé leurs questions à Stéphanie Rousselin, enseignante à l’école élémentaire Louise Michel de Val de Reuil. Échanges sur les fondamentaux qui font de l’école un réel espace des possibles.

Comment faire en sorte que l’école soit un plaisir pour tous?

Stéphanie Rousselin : on cherche à donner envie aux enfants de venir à l’école en mettant en place des projets et en s’approchant  au plus près de leurs intérêts. Mais, c’est compliqué d’avoir un projet qui intéresse les 25 élèves d’une même classe.

L’école est là pour donner un bagage pour la vie future. Quel est ce bagage ?

S. R. : je fais ce métier pour former de futurs citoyens. Les nouveaux programmes correspondent tout à fait à mes objectifs qui sont de mettre l’enfant dans des situations de recherche et de réflexion qui les mènent vers leur vie future. On ne forme pas des singes savants mais des citoyens en devenir. Les formations que reçoivent maintenant les futurs enseignants, les forment  pour  qu’ils  apprennent aux élèves à construire leurs savoirs eux-mêmes. Il y a ce qu’on  appelle la classe inversée qui consiste à regarder des vidéos ou des livres pour préparer les futures notions abordées dans les cours. L’enfant apprend à travailler en groupe, apprend les notions de partage et de respect de l’autre. Un des grands devoirs de l’école est d’apprendre à l’enfant à s’adapter aux autres et à être plus tolérant.

Est-ce que l’école est un moyen de produire des cerveaux « des personnes formées pour être capables de faire avancer le pays

S. R. : j’essaie de former des citoyens, des êtres qui vont réfléchir par eux-mêmes et à ne pas faire tout ce qu’on leur dit sans réfléchir. L’idée est d’amener  l’élève à être acteur de  ce qu’il  fait. Actuellement  dans  les classes, c’est  de moins en moins les élèves qui suivent ce que le professeur fait au tableau. Avec des élèves de CM1/ CM2,  qui sont grands et autonomes,  ce sont toujours eux  qui  construisent  leurs  leçons  d’histoire,  ce  n’est plus moi qui suis au tableau. Ça tend à être de moins en moins ça. Avec des élèves de CE1/CE2 cela est plus long à mettre en place et j’essaie de travailler de plus en plus en atelier.

On a l’impression que tout est formaté dans l’école. Pourquoi et est-ce bien ?

S. R. : vous avez cette impression car c’est sans doute votre vécu. Mais oui, il y a des normes à respecter, des examens qui sont les mêmes pour tout le monde. Il faut aussi avoir des règles communes  et un examen  final, sinon ce serait inégalitaire. Les normes et les programmes sont utiles et on peut  quand  même  travailler librement dans cette norme

Pourquoi les emplois du temps et le programme scolaire sont-ils aussi chargés ?

S. R. : c’est une grande question! Les emplois du temps en classes élémentaires sont de 24h par semaine. Ce sont de grandes journées comparativement à d’autres pays. Les programmes scolaires ont été repensés lors de la dernière réforme pour s’adapter plus au rythme d’apprentissage des enfants.

Le rythme de 8h à 17h30 tous les jours et l’aspect routinier des journées influencent-ils la façon d’apprendre ?

S. R. : non. Les enfants ont besoin d’activités routinières, de rituels pour  apprendre  de  nouvelles  notions.  Plus tard, quand ils auront un travail, ils auront également un rythme régulier. Par contre, le nombre d’heures n’est pas synonyme d’un bon apprentissage. Comparativement à d’autres pays, nous passons beaucoup d’heures à l’école mais les résultats ne sont pas meilleurs pour autant.

La rentrée scolaire est un moment important pour tout le monde.Qu’est-ce qui se joue à ce moment là ?

S.  R. : il y a beaucoup de stress et beaucoup  de travail pour les enseignants. Je ne sais jamais quoi faire le premier jour. Quand on est lancé, ça va. Mais certains supports qui fonctionnaient avec certains enfants ne passent pas forcément avec d’autres. Dans notre métier, le public change tout le temps. On ne fait jamais les mêmes choses, on se renouvelle tout le temps et devons essayer différentes façons de travailler. Il y a beaucoup de préparation avant la rentrée et beaucoup de réunions au moment même de la rentrée.

Pourquoi y a-t-il  autant de pression exercée sur l’enfant par l’école et les parents pour ses résultats ou son orientation ?

S.  R. : parce qu’il y a une pression de réussite. Le système français est basé sur les diplômes. Tu réussis si tu as un diplôme. Tu peux avoir un diplôme et pourtant faire un travail qui ne te plaît pas, ne pas réussir ta vie. Alors que si tu fais un travail qui te plaît sans avoir un Bac + 4, tu peux être heureux. Actuellement, c’est encore le taux de réussite au Bac qui est utilisé comme indicateur auprès du grand public pour dire si un établissement scolaire est bon ou non ! On porte moins d’attention à ce qu’il se passe après le Bac. C’est la pression sociale qui existe et ce n’est pas facile pour un enfant d’évoluer avec cette pression. Ce qui est important c’est de pouvoir donner aux enfants les moyens de choisir ce qu’ils ont envie de faire. Il faut que nous intéressions les enfants pour qu’ils aient un minimum de bagage pour choisir.

Quel doit être l’équilibre entre l’école et les parents pour que l’enfant se construise bien?

S.  R. : l’éducation se fait en partenariat avec les parents et les nouveaux programmes demandent d’inclure davantage les parents dans l’école. Mais cela ne se joue pas seulement entre l’école et la famille. C’est  aussi la vision de toute une société. On pense encore que ce sont les signes extérieurs de richesse (une grosse voiture…) qui sont révélateurs d’une  vie réussie. Or ce n’est  pas le cas.

Quelqu’un qui ne va pas à l’école se construit autrement, sans apprendre ce que l’éducation nationale veut qu’on apprenne. Est-ce que cette personne peut réussir sa vie professionnelle ?

S.  R. : oui, car ce qui compte  le plus, c’est  de  faire un métier qui nous plaît. Avant, j’étais ingénieure dans l’automobile  ; j’ai arrêté car cela ne correspondait  pas à mes valeurs, même si je gagnais plus d’argent que maintenant. Je passe autant, voire plus de temps au travail maintenant car j’aime mon métier qui est plus valorisant. Mais, malheureusement, la société ne porte pas le même regard sur un ingénieur que sur un enseignant.

Si toutes les écoles étaient payantes, les parents pourraient-ils y envoyer leurs enfants ?

S.  R. : non. Il ne faudrait pas que les écoles deviennent toutes payantes. En  France,  nous  avons  la  chance d’avoir l’école gratuite. Et l’instruction est obligatoire, ce qui est très important. Des établissements indépendants encourageraient les inégalités. Même si, malgré tout ce qui est mis en place, les inégalités persistent.

Propos recueillis par Claire Angot,  Manon  Touze, Roselyne Morel, Morgane Denys, Faouzi El Ajjaji, Kevin Gueye, Sara Santos Da Silva Merci à Vincent Mendy, responsable de l’espace jeunes, Espace Condorcet  de Gaillon. Merci à Fabien Pujervie, enseignant-formateur, pour la mise en relation avec Stéphanie Rousselin.

Pour aller plus loin…

L’ÉCOLE À LA MAISON

En France, la scolarisation n’est pas obligatoire, mais l’instruction l’est pour les enfants de 6 à 16 ans. Elle peut être réalisée dans la famille, par choix ou quand l’enfant ne peut être scolarisé dans un établissement. Cette instruction doit permettre à l’enfant d’acquérir des connaissances et des compétences déterminées. Il existe des contrôles annuels, à la fois sanitaires et académiques. Si cette décision découle d’une impossibilité à être scolarisé (handicap, activité sportive ou artistique non conciliable avec le rythme scolaire classique) l’enfant est inscrit gratuitement au Centre National d’Enseignement à Distance (CNED). S’il s’agit d’un choix de la famille, l’enseignement se fait alors par les parents ou une personne de leur choix. Des démarches doivent alors être accomplies. À chaque rentrée scolaire, les responsables de l’enfant doivent déclarer au maire de leur commune et au Directeur Académique des Services Départementaux de l’Éducation Nationale (DASEN) que l’instruction sera donnée dans la famille, et c’est à cette condition que le DASEN fournira une attestation d’instruction. La famille peut être sanctionnée si elle ne fournit pas de déclaration d’instruction ou si elle s’oppose au contrôle. Les amendes peuvent aller de 1500€ à 7500€, voire à des peines d’emprisonnement.

Pour en savoir plus : www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F23429