« L’urgence créée l’impact sur l’environnement »

Notre expert

Jean-Marc Gohier est au service urbanisme, transport et qualité de l’air de l’Agence De l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie Normandie. (ADEME). Son travail consiste à rendre une ville ou des territoires sobres, performants pour les déplacements ou générant peu de stress dans l’organisation (télétravail, transports en commun dans les points stratégiques…). Il a également été en charge des questions de développement durable.

Nos reporters

Margot est étudiante à l’IUT du Havre en Infocom, Farid étudie les Lettres Modernes à l’Université de Rouen, Gaëtan est élève de 3e à Darnétal et Rosemitha est en 1ère à Rouen.

Envois de mails, photos et documents en tout genre ; utilisation de moteurs de recherches et téléchargements sont devenus des gestes quotidiens pour la plupart d’entre nous. Ces actes qui nous paraissent anodins ne sont pas sans conséquences sur l’environnement et plus précisement sur notre consommation d’énergie.

Quel est l’impact d’Internet sur l’environnement ?
En quoi l’usage d’Internet produit-il des déchets ?
J-M G. :
si on prend l’exemple de la liseuse : c’est un matériel informatique qui a des impacts avec l’utilisation de matières premières et de métaux rares. Il faut les extraire, les transformer, les transporter plus ou moins rapidement, les utiliser, les jeter ou les recycler. Si on la compare aux livres pour lesquels il faut couper des arbres, les transformer en utilisant des produits polluants, la liseuse a moins d’impact sur l’environnement que des livres pour un grand lecteur (l’équilibre des impacts entre liseuse et nombre de livre est à 15, 22 ou 128 livres selon les études et les experts) et consomme un peu moins d’énergie qu’un télephone. Le tout est de bien définir l’unité fonctionnelle : de quoi parle-t-on précisément et que compare-t-on (durée de vie, puissance, …) ?

Quel est l’outil informatique qui a le plus d’impact sur l’environnement (de sa fabrication à son utilisation) ?
J-M G. :
le développement d’Internet a énormément d’impact. C’est plus l’utilisation des appareils « nomades » qui a un impact que leur fabrication, puisque nous pouvons agir sur sa durée de vie. Le smarthphone coûte cher parce qu’on le jette, alors qu’il fonctionne encore. C’est l’obsolescence perçue, conventionnelle et sociale de nos téléphones considérés comme étant dépassés.

Un matériel plus performant recquiert-il plus de matières premières et d’énergie ?
J-M G. :
les téléphones se sont développés avec des écrans plus grands pour lire et mieux voir. La pollution dépend de ce qu’on fait de notre téléphone ou quand on en rachète un plus neuf. Finalement, celui qui pollue plus, c’est l’ancien téléphone non recyclé car il aurait pu servir encore et il semble que les français gardent la moitié des téléphones usés.

Comment fonctionne un « data center » ou centre de données ?
Jean-Marc Gohier :
le « data center » stocke des informations et des calculs. On segmente l’information et on la reproduit à différents endroits de façon à la rationaliser et à la sécuriser. Un data center stocke beaucoup d’informations que l’on n’utilise plus. Les data center connaissent un développement exponentiel.

En quoi le fait de conserver nos mails consomme de l’énergie ?
J-M G. :
parce que les data center ont pour fonction de stocker ce qu’on ne veut pas perdre. On active des moteurs dans d’énormes archives pour rechercher une information parfois très simple. Si j’envoie un document à tous les élèves de votre classe, chacun va ouvrir un espace de téléchargement avec 50 mega de données. Or, dans ce groupe d’élèves, il y a des personnes qui n’en ont pas besoin. Je peux, au contraire, envoyer l’information à ceux qui en ont vraiment besoin et envoyer un lien aux autres. Par exemple, si vous passez par un moteur de recherche comme Google pour aller sur le site des pages jaunes, il active des milliards de recherche autour de la planète alors que vous pouvez « mettre en favori » le site si vous l’utilisez souvent. C’est une perte d’énergie car tous les moteurs « moulinent » les données de différents data center pour trouver le site.

Lorsqu’on décide de les jeter (vider, dépoussiérer nos disques, clouds), est-ce que cela réduit cette consommation ?
J-M G. :
oui, car la capacité de stockage d’un data center se fait dans des locaux qui doivent être refroidis. Nous avons une gestion de l’usage informatique chaotique car nous n’avons pas appris à gérer ces données et, au final, nous consommons beaucoup d’énergie dans le stockage de données inutiles. Cette boulimie informatique vaut bien celle des transports.
Est-ce que l’acte de jeter à la corbeille lui-même consomme également beaucoup d’énergie ?
J-M G. : non, si vous jetez et videz votre corbeille. Il faut le faire régulièrement, dépoussiérer le passé car ça libère de l’espace de stockage dans les « data center ».

Quel est le type de fichiers qui consomme le plus d’énergie sur Internet : vidéos, images, musiques ?
J-M G. :
le téléchargement a un impact très lourd, mais le streaming (lecture en continu), consomme davantage d’énergie car il implique la 4G.

Il existe des navigateurs plus écologiques (Ecosearch, Ecogine, Ecosia…). En quoi le sont-ils plus que les navigateurs « normaux » tel que Google ou Firefox…?
J-M G. :
les grands moteurs de recherche identifient les internautes, regardent ce qu’ils font et envoient de la publicité et des informations ciblées sur ce qu’on aime mais qui nous perturbent aussi. Nous sommes « observés » en permanence. Il existe des moteurs de recherches plus vertueux qui informent de leur impact et disent ce qu’ils font. Ils sont plus transparents.

Comment fait-on pour mesurer la consommation d’énergie et les rejets de gaz à effets de serre du numérique ?
J-M G. :
on analyse le cycle de vie du système. On utilise la méthode du bilan carbone ou le bilan d’émission de gaz à effet de serre. On observe les industries et les utilisateurs.

Comment pourrions-nous améliorer notre utilisation pour réduire cet impact ?
J-M G. :
il faut envoyer vos mails uniquement aux personnes directement concernées en évitant les listings ; mettre les liens web en accès direct dans le mail plutôt que les documents joints (PDF, images, films) qui prennent de l’espace mémoire et du temps de transmission. Il est important de supprimer l’historique lorsqu’il n’est pas nécessaire (faire « répondre sans ») car on gagne de la place et surtout, on évite le désagrément d’envoyer de l’information aux mauvais interlocuteurs ; un mail par sujet avec les destinataires précis sur un format écran, un objet clair avec les bons mots clés (recherche des mails) et un attendu concis en début de mail (l’objet et l’utilité du mail). Sur le Web, il faudrait apprendre à mieux s’organiser et à rechercher l’information là où elle fiable. Il y a une charte éthique qui observe la consommation avec des labels comme TCO pour les ordinateurs (compare les impacts energie et gaz à effet de serre).

Existe-t-il des matières premières plus écologiques ou renouvelables pour fabriquer le matériel numérique ?
J-M G. :
il y a des matières stratégiques que l’industrie numérique va de plus en plus utiliser : des terres rares et des métaux très conducteurs. La recherche et développement nous permet de découvrir des produits moins impactants ou plus courants et la réglementation européenne oblige les pays membres à utiliser ces produits moins polluants et moins dangereux pour la santé.

Entre la communication papier et la communication numérique, laquelle laisse le plus de traces sur l’environnement ?
J-M G. :
on ne sait pas vraiment mais comme je vous le disais, on sait qu’à partir d’un certain nombre de livres, la liseuse devient plus intéressante. Il est difficile pour La Poste, dont l’envoi et la réception d’un courrier demande entre 24h et 48h, de concurrencer l’envoi d’un mail qui demande entre 5 et 30 secondes. De plus La Poste utilise des moyens de transports très énergivores (l’avion). L’urgence créée l’impact sur l’environnement. Il faudrait se poser la question de cette notion d’urgence permanente et choisir de prendre son temps si on peut faire « zen ». Internet nous piège par notre émotivité et notre curiosité. Prendre de la hauteur et connaitre les sites fiables est important mais pas se brider sur tout : retrouvons notre liberté et ne soyons plus addicts.

Propos recueillis par Gaëtan Frère, Margot Ciroux, Farid Ait Mada et Rosemitha Pimont.

LA POSTE
EN QUELQUES DATES…


1477 – Louis XI crée La Poste d’Etat, premier service postal public, mais à usage royal exclusif. Il met en place le système des relais.

1603 – Première Poste aux lettres d’Etat, à la disposition du public.

1760 – Début de la distribution du courrier à domicile, d’abord à Paris.

1830 – Début de la distribution du courrier dans toute la France par les facteurs ruraux.

1835 – Début de l’exploitation de paquebots-poste – Première tenue officielle pour les facteurs.

1849 – Premier timbre français, le Cérès, à l’effigie de la déesse de l’agriculture et des moissons.

1873 – Disparition de la poste aux chevaux, remplacée par le chemin de fer – création de la carte postale.

1879 – Création du Ministère des Postes réunissant les Postes et les Télégraphes.

1893 –  La Poste encourage les facteurs à se servir du vélo.

1912 – Première expérience de transport de courrier par avion entre Nancy et Lunéville.

1914 – Premières femmes factrices.

1918 – Création des chèques postaux.

1925 – Officialisation du sigle PTT pour Postes, Télégraphes et Téléphone.

1986 – Création de Chronopost.

1989 – Création de Colissimo.

1991- La Poste passe du statut d’Administration à celui d’Etablissement Public Industriel et Commercial.

2006 – Création de La Banque Postale.

https://legroupe.laposte.fr

L’ Adresse,

le Musée de La Poste, ouvert en 1973 pour présenter une collection de tous les timbres, s’est peu à peu diversifié avec onze salles de collections permanentes sur l’histoire et l’évolution de La Poste et douze expositions temporaires.
21 avenue du Maine 75015 Paris
www.ladressemuseedelaposte.fr

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